Poubelle la vie

Je ne sais pas pour vous, mais perso j’ai longtemps été fière de ne pas regarder « Plus belle la vie » et de pouvoir me vanter de valoir mieux que ça… D’avoir un esprit éduqué aux scénarios plus élaborés, un niveau intellectuel soi-disant plus avide de connaissance que de médisance et de flotter au-dessus du voyeurisme malsain qui porte à voir des vies fades et banales, où tout le monde finit par (se) trahir. Mais  « ne jamais dire jamais » n’est-ce pas ?! Je déteste les adages mais j’avoue que j’ai fini par les attendre ces 25 minutes quotidiennes, avec impatience même. Et comme beaucoup. Qui sait, peut-être vous aussi ?!

C’est arrivé en janvier, il y a trois ans. Il faut savoir que depuis la garde à vue de mon père en 2001, puis la première plainte déposée contre mes parents en janvier 2004, je déteste le mois de Janvier. – D’ailleurs, en aparté, avez-vous déjà remarqué à quel point le corps et l’esprit adorent les dates d’anniversaire ? Le premier tombe malade toujours à la même période, le second se met dans des situations désastreuses toujours à la même date chaque année ??? Bonjour la commémoration des traumas, un pur bonheur au quotidien n’est-ce pas ?

J’étais alors hébergée chez une amie qui appréciait particulièrement regarder l’épisode du jour précédent en replay le matin pendant son petit-déjeûner. Evidemment, au début je trouvais cela ridicule, en me gardant bien de le lui dire. Mais quelque chose me laissait penser qu’elle avait conscience de ce côté peu glorieux d’une telle gourmandise… Cette manière qu’on a de faire les choses quand on n’assume pas tout à fait, cet air un peu embarrassé qui ressemble à celui qui nous inonde quand on se fait prendre à chanter la dernière chanson commerciale pour ado à la mode, et qu’en plus on la connait par coeur et en entier !! C’était donc devenu notre petit rituel à deux, de commencer doucement la journée avant le boulot et autres galères en tout genre. Et j’avoue y avoir pris du plaisir. Certainement au rituel, encore plus à la compagnie, aussi au fait de démarrer doucement au réveil, de prendre le temps de ne pas se précipiter dans les réjouissances d’une journée sans espoir.

Et sans crier gare, je suis devenue accro. J’ai voulu connaitre la suite. Aujourd’hui encore. Trois années d’addiction, malgré les coupures. Comme la cigarette, ça revient toujours. Surtout les jours gris, les jours mornes. Et même encore après que cette amie est sortie de ma vie… Je me rappelle ces moments comme si c’était hier et me délecte d’imaginer, que par delà les écrans, la distance et le silence qui nous séparent, nous faisons la même chose au même moment, que nous nous abreuvons des mêmes intrigues mal ficelées, pleines de propagande et d’idées sans valeurs.

C’est étrange et ça me laisse toujours aussi perplexe. Et demain, si au cours d’un diner « mondain », je devais bien avouer ou me faire prendre en flagrant délit de savoir où les habitants du Mistral en sont, j’aurais peut-être un peu de cette gêne sur mes joues rougies, du jugement sur moi-même de regarder une telle série et de ne pas parvenir à décrocher. J’essaierais certainement de camoufler tout ça derrière l’attachement que je porte à Marseille, cette ville si peu et si mal aimée. Mais, une chose est sûre, je n’aurais certainement pas honte de l’histoire de cette addiction et de comment j’ai appris à lâcher prise en amitié 😉

 

A Alice.

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