Marais-cage

Elle rôde…

Empêtrés dans ce marécage dans lequel on patauge et s’enfonce, elle nous guette inlassablement. Elle attend patiemment le moindre signe de faiblesse ou de joie. Elle reste à l’affût. Même après toutes ces années, ces milliers d’heures (et d’euros…) en thérapie de tout genre, elle est encore là. Dès qu’on essaie de reprendre sa respiration, elle serre ses griffes encore plus fort autour de la poitrine. On a beau entendre et savoir que c’est justement là, qu’il faut inspirer et expirer profondément, rien à faire. Plus on essaie, plus c’est douloureux. Et, même temps, plus on la combat plus on la renforce. La tentation est de fuir – en avant ou en arrière -, car ça fait trop mal. Evitement : voilà ce qui caractérise l’attitude qu’on choisit le plus souvent pour arrêter de suffoquer. Mais le corps ne lâche rien ! (Pour notre bien eh oui…) Tout ce qu’on essaie de ravaler, d’enfouir, de nier et de refouler finit TOUJOURS par ressortir.

Parfois on se prend à rêver que tout ce qu’on refuse de régler en regardant en face, finisse par s’évacuer tout seul. Comme par magie, ce poids, cette noirceur, disparaitraient sans qu’on ait à s’en occuper. Ah si seulement…

Il arrive pourtant qu’on se sente bien, presque léger, joyeux même ! Mais jamais plus de quelques heures ou de quelques jours. Elle nous contraint, nous restreint, elle empêche. N’avez-vous jamais eu cette sensation d’être toujours rattrapés ? Cette impression d’être maudit.e depuis le temps qu’on lutte et qu’elle ne part pas… Et que, même au contraire, parfois, mieux on va, plus elle lâche tout ce qu’elle a à dire et qu’on n’a pas écouté. Alors :

Elle vrille l’estomac, tord le ventre déjà si douloureux. Elle engourdit les membres et l’esprit. Elle nous ralentit de souffrance.

Elle est menace, peur sourde, angoisse.

Elle est nausée, cri étouffé, relent dégoûtant.

Elle est acide, elle ronge, corrode sans jamais se lasser.

Elle se nourrit de nos émotions. Elle aspire énergie et vie, comme un vampire. Elle est  vide intérieur, ce trou noir à la place du coeur. Elle le voudrait tellement le nôtre…

Alors, elle nous fait croire à des choses qui n’existent pas, ou qui n’existent plus. Elle nous raconte que nous sommes encore à la merci du mal et de la mort, que jamais nous pourrons nous en sortir. Elle nous susurre que, où qu’on aille, elle nous retrouvera toujours.

Elle nous ramène, vulnérable, en enfance. Elle nous rend tout petits. Nous nous écrasons, nous tapissons dans les replis de la terreur. Nous nous terrons dans les recoins de l’âme. Or, jamais nous ne parvenons à nous cacher suffisamment bien, suffisamment loin, pour qu’enfin, elle ne nous repère plus…

***

Elle est ElleS. Elles sont manipulation, perversion, l’incestuel et l’incestueux. Elles sont humiliation, destruction, anéantissement, annihilation, éradication. Elles surveillent comme un oeil derrière soi qui nous observe et traverse la chair. Elles piquent et pointent comme un poignard prêt à être planté dans le dos.

Elles, de chair et de mots, deviennent immatériels anxiété, peur, horreur, maladie, cauchemars, réminiscences, terreurs nocturnes, paralysie, sidération, vomissement et mort.

Elles sont tout cela.

 

Et parfois, comme ce fût mon cas, « elle » c’est l’Amer, « maman »

Dure mère

– Veuve de sa propre vie –

D’une main de fer

Enserre

Os souillés

Entravant

Peau – Pourrie

Macère

Dans un marais-cage d’amour

Suffoquant

Pas de capitulation.

Aucune inertie

N’aura raison

De sa furie

Figement martelé

Triomphera

De la sidération

Et des bien-pensants.

Néant qui aura raison

De l’existence meurtrie

Extirpe

Etripe

Tire et déchire

Délire vainqueur par le sang

Elle reprend la vie de son enfant.

 

 

Et pourtant…

Aussi inexorablement que la douleur creuse nos cicatrices, l’aspiration à la libération nous tire et nous pousse à essayer encore. Au moins une heure, une journée de plus. Au moins aujourd’hui.

Alors sortons et bravons-la cette destinée ! En lâchant prise, en pleurant, dansant, hurlant, courant, en chantant. Dans notre chambre ou en forêt. En transformant la laideur ou non ; ce qui sort de nous n’est pas toujours obligé d’être beau et lisse ! En arrêtant de réfléchir quelques minutes, pour agir seulement, selon notre instinct. Par le corps, par la poésie. Par le CRI, par l’écrit.

Car nous pouvons changer le cours des choses et orienter notre bataille des ténèbres à la lumière. Nous pouvons transformer, transcender. Sublimer les blessures et revenir à la VIE. Nous avons ce pouvoir (malgré toutes nos fausses croyances et les cyniques qui nous disent le contraire). A chaque fois que nous choisissons la douceur (mille fois par jour si nécessaire), les plaies guérissent, la douleur s’apaise. Chaque fois, elles reculent un peu plus et cèdent enfin la place à l’Amour et à la Paix que nous avions tellement espérés que nous ne les attendions plus…

 

 

FORCE et COURAGE à vous toutes et tous et n’hésitez pas à vous exprimer en commentaire, ça libère !

2 commentaires sur “Marais-cage

  1. Magnifique ce texte, ça fait du bien d’écrire, les mots libèrent les maux, petit à petit, goutte à goutte. Résilience et opter pour le bonheur, avec ses bémols… Merci.

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