Précaire… and so what ?!

(Photo prise sur le Camino de Santiago de Compostela, partie portugaise, ou comment être à la rue sans le paraître : pèlerine vaut mieux que clocharde – 2013)

Ces derniers temps j’ai compris à quel point j’avais honte. Honte de tout ce que je suis, de ce que je suis devenue. Précaire, pauvre, marginale, pouilleuse…et j’en passe. A la rue quoi, au sens propre comme au figuré ! Honte aussi de mon handicap psychique, de mon autisme, de toutes ces spécificités qu’on me dit d’assumer dans la bonne humeur. Plus facile à dire qu’à faire ! L’humour et l’auto-dérision, j’ai oublié de les pratiquer ces dernières années… A force qu’on se moque de mes différences, je me suis tellement repliée sur moi et mes galères que j’en ai perdu le goût pour l’humour grinçant de la vie. Mais finalement, petit petit, à force d’arriver, acculée, au constat que c’est ça ou la mort de l’âme, j’ai opté d’OSER. Oser être moi-même, parce qu’aussi pourrie que soit cette vie, c’est la seule que j’ai et j’en ai ras-le-bol de la subir. Alors avançons ! « Baby step by baby step », comme préconisent les conseils de coach sportif outre-atlantique. Et d’ailleurs « chi va piano va sano e va lontano ». Et ainsi tout le monde peut devenir un champion !

Mine de rien ça commence à porter ses fruits, car je réalise que la honte n’est pas du bon côté (comme auparavant la culpabilité au regard des abus et des viols). Si je l’accepte, je porte encore quelque chose dont les autres ne veulent pas et se débarrassent sur les plus vulnérables, les plus faibles. Mais y en a marre, qu’ils se la gardent et s’en défassent autrement ! Plus de honte sur les pauvres !! Etre précaire, ça peut arriver à n’importe qui (j’ai quand même un doute sur ce point…) et c’est la condition de tellement de gens (là par contre, malheureusement, aucun doute). De la même façon qu’être ou avoir été victime ne nous définit pas – à la rigueur peut-être ponctuellement, mais jamais ad vitam aeternam -, être précaire ne nous résume pas non plus.

Il s’agit donc d’y déceler des tas de choses positives, et oui il y en a !!! en quantité. Et de révéler nos qualités. Par exemple, avoir une vie précaire, ça pousse à prendre le contre pied et à avoir une bonne dose d’esprit critique. Se tenir dans mais en marge d’une société folle, follement inhumaine, voilà LE défi. En marge de la bien-pensance, de la mode, du mouvement général de ce qu’on est tous censés faire, comme de braves moutons, ça c’est plutôt sain non ?! Pour bien des choses on est obligé de suivre les règles, à commencer par la survie administrative. Donc pour le reste, au quotidien, dès qu’on peut, on se débrouille. La débrouille c’est toujours la preuve d’une grande intelligence non ? d’une capacité d’adaptation et d’une bonne dose d’imagination aussi 🙂 Prenons un peu le temps de voir le côté positif. Comme par exemple, la capacité de discernement et de sang-froid. A force de s’en prendre plein la gueule, on apprend également à devenir sage et donc à s’effacer quand cela est nécessaire. Il faut choisir ses batailles. Il y a beaucoup trop de cons sur cette terre pour se battre avec tous. Ou trop peu d’empathie pour essayer de (se) faire comprendre.

Nous avons donc tous plein de ressources. La mienne est d’écrire ici et d’explorer into the wild. Et les vôtres ? Allons EXPLORER !

Bon j’avoue, parfois quand même, y a des trucs qui nous mettent grave en rogne. Cette colère-là, je la tiens depuis une soirée d’il y a quelques mois (à laquelle je n’ai pu participer que grâce à la générosité de celui qui m’a permis de super bien manger, merci à lui !). Alors j’en profite pour répondre à cette personne qui se vantait d’avoir expliqué à des pauvres comment faire le tri, d’avoir appris à « ces non ou mal-éduqués » comment devenir écolo. Merci à toi, ô sagesse et altruisme incarnés !

Avec un peu d’humour, donc, j’aimerais lui dire…

…qu’on peut être :

  • précaire et vegan … puis simplement omnivore (le Bouddha n’a-t-il pas désigné la voie du milieu et la tempérance en toute chose comme étant le chemin vers l’Eveil ?) ! La viande quand on l’aime pas trop bourrée d’hormones et autres plaisirs chimiques en tout genre, il faut la manger bio, et ça ce n’est pas donné. Idem pour le poisson. Alors très vite on arrête. Paf, nous voilà végétarien !! Quand on est autiste et/ou intolérant on évite le lactose. Bim, nous voilà vegan ! Perso, ça fait plus de 10 ans que je ne peux plus me permettre d’acheter de la viande, ni du fromage. Au début, je trouvais ça bien, ça me permettait de me fondre dans le paysage bobo, de cacher sous le masque d’une conscience écologique que je n’avais pas de quoi me le payer et que j’étais en train de dégringoler les échelons sociaux… Aujourd’hui je le revendique ! Aussi, parce qu’au bout d’un moment, j’en ai vraiment eu marre de me cacher, je ne rêvais que d’une chose : pouvoir être chaque jour un peu plus authentique. Puis est venue la révélation : ras-le-bol de devoir compenser par la quantité de féculents, légumineuses et autres petits fruits secs hors de prix pour avoir le nécessaire en fer autres nutriments et la sensation de satiété ! Et franchement, comme j’en étais rendue à un stade où regarder les gens se régaler au kebab me faisait envie, grave envie ! une fois par mois, j’ai appris à me faire un peu plaisir. C’est comme ça que j’ai découvert la sauce algérienne 😉 Au passage, je me disais que quitte à manger de la viande valait mieux qu’elle soit halal, à défaut d’être bio. On limite la casse comme on peut. Et un steak par mois dans le budget c’est faisable et ça évite de tomber dans les pommes au moindre escalier ! Honnêtement depuis que le kebab est entré dans ma vie, de manière ultra raisonnable, ne soyez pas choqués !! je suis tellement plus épanouie :))
  • précaire et féministe ! Je ne porte plus de soutif. Pour en avoir des bons, faut aligner la somme (ou arriver à voler mais je n’arrive pas à gérer avec la conscience et le stress de me faire choper). Et franchement, me mettre en valeur est devenu le cadet de mes soucis. Je dirais même que plus je passe inaperçue, mieux je me porte. Avoir un décolleté plongeant ne correspond pas au message que je souhaite renvoyer pour qu’on me foute la paix. Aussi parce que y en a marre des contraintes, parce que c’est devenu insupportable ces baleines qui rentrent dans la chair et qui blessent. J’ai essayé les « style sportif », mais même les élastiques t’éclatent la peau avec le frottement, encore pire quand on se tape le port du sac à dos à longueur de journées. Alors me voilà libérée d’un carcan, reliquat dépassé d’un pouvoir masculin sur le corps des femmes, haha 🙂
  • précaire et écolo ! Quand tu n’as que peu d’argent, tu fais gaffe à tout ce que tu consommes : c’est-à-dire peu d’eau et d’électricité. Tu t’achètes que peu de fringues, d’ailleurs tu recycles ce dont les autres ne veulent plus (cf l’article sur la honte à venir). Quand on est vraiment pauvre on achète de la qualité pour ne pas avoir à racheter de si tôt. Oui, oui je vous assure que ça revient moins cher d’acheter un truc potable une fois, que plusieurs pas chers deux ou trois fois par an. En plus la merde made in China, ça ne se répare pas et donc on finit par jeter. Idem pour le téléphone : un portable tous les 5/10 ans. Et bien-sûr pas de voiture. C’est clair que le tri n’est pas toujours la priorité, peut-être parce que pour avoir des choses à jeter il faut déjà avoir de quoi les acheter !!! Puis ce serait bien que les poubelles dans la rue soient plus…présentes déjà (comme les chiottes, merci la ville de Marseille !), et plus clairement séparées et expliquées. Femme précaire et écolo aussi parce que ça revient beaucoup moins cher de gérer ses règles avec une mooncup qu’avec des tampons ou des serviettes. Faut se démerder pour trouver un robinet dans un espace privé pour la rincer, mais ça peut tenir près de 10 heures et c’est possible de le faire dans un coin discret avec une bouteille d’eau, après s’être lavé les mains évidemment. Bref, en avance sur beaucoup de nanas dans le confort 😉 Et parlons-en autour de nous, à toutes celles qui n’y ont pas pensé, ou qui n’ont pas osé faire le calcul ou osé entrer dans ce genre de magasin où direct on te regarde de travers parce qu’on pense que tu vas voler. Donc, oui à nous les magasins bio pour se fournir en coupe menstruelle ; ça fait mal sur le coup (au portefeuille parce que concrètement c’est indolore) mais franchement après jamais tu ne le regrettes !!
  • Précaire et sportif.ve ! Parce que tu dois savoir courir pour échapper au mec qui cherche à t’agresser, et courir vite ! Tu dois aussi te planquer pour ne pas te faire emmerder, ce n’est pas aussi fun que le bush, les déserts de sable, de glace, de sel dont on peut lire les compte-rendus d’aventure, mais c’est la jungle tout de même ! Et puis tu marches beaucoup parce que tu n’as pas la thune de te payer les transports et donc encore mois l’amende quand tu te fais choper à frauder. Alors tu marches, tu marches. Même que tu as la ligne, tu es toute fine, parfois squelettique (comme les mannequins) alors que tu rêves de pouvoir bouffer à ta faim. Mais tu marches. Et tu ne sais pas qu’il y a des gens qui paient pour ça et qui paient même très cher ! Et encore plus cher pour marcher et jeûner !!! Franchement faire de l’exercice en étant affamé ça veut dire être pauvre ça non ?! Comme quoi, tout est une question de discours et de comment on présente les choses, avec ou sans vernis 😉
  • Et précaire et patient.e… Car tu dois apprendre à méditer malgré toi quand tu passes ton temps à faire des démarches à la CPAM, à la CAF, au conseil général pour aller justifier ton droit au RSA, ou à la MDPH quand tu es reconnu handicapé. Tu dois bien apprendre à respirer quand on te parle comme à une merde, ou à un.e débile parce que tu poses une question et que bien souvent tu ne comprends pas la réponse. Personne ne le pourrait mais ça ça ne se dit pas. Honnêtement je crois même que c’est fait exprès, car moins tu comprends, plus tu te perds, moins du peux être en mesure d’accéder à tes droits, voire de les défendre quand ils sont bafoués. J’inspire « vous n’avez pas apporté les papiers demandés », « mais votre collègue, la semaine dernière m’a dit que… », j’expire « revenez la semaine prochaine pour que je vous dise encore le contraire ». « Vous n’avez rien d’autre à faire de toute façon non ? », voilà ce qu’ils pensent. Au prochain qui me dit que tout dépend de comment je prends les choses, que ce n’est de l’humiliation que si je décide que ça en est, je ne serais peut-être plus très patiente… Et si quelqu’un me présente encore des excuses, en réponse à ma révolte face à l’insulte, en me disant « désolé.e que tu le prennes de cette façon », parce que « désolé.e de l’avoir dit de cette façon » serait trop bien pour quelqu’un comme moi, je vais avoir besoin d’aller chercher looooooiiinnnn dans ma pratique méditative de pleine conscience – devenue experte grâce à l’administration française et la santé – pour continuer à respirer calmement. Mais au pire, une baffe en pleine conscience, c’est encore de la pleine conscience non ?!

Bon bref, vous voyez le truc ! Pas besoin d’être bobo, d’avoir de la thune pour être dans les tendances voire carrément précurseurs. Il suffit de ne pas avoir un rond. Humour noir bien-sûr, parce que tout ça je ne le souhaiterais à personne. Même pas à mon pire ennemi.

Mais juste, une dernière chose, si certains se reconnaissent, arrêtez de croire que c’est vous qui nous éduquez s’il vous plaît, quand, au contraire, vous auriez tellement à apprendre !! Si on nous laissait un peu de place pour nous exprimer, on en aurait des leçons de sagesse à transmettre. Parce que cette liste-là, c’est juste le côté pratico-pratique de la vie quotidienne. Alors que pour le spirituel aussi, on s’en sort carrément pas mal. Point de vue leçon de sagesse, il vaut mieux écouter les plus petits, les plus discrets, ceux qui sont habituellement méprisés, que ceux qui font du bruit et participent à des ateliers pour nous enseigner l’art de bien vivre.

A bon entendeur !

3 commentaires sur “Précaire… and so what ?!

    1. Bonjour à vous, c’est en effet ce qu’on m’a recommandé au cours d’un suivi spécialisé pour mon autisme.
      Après je ne suis pas une experte des régimes alimentaires et personnellement j’évite car les réactions sont néfastes pour moi.
      Bien à vous.

      J'aime

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