Le triste bilan du système médical français…

(Photo prise dans les Pyrénées Cathares – hiver 2017)

Ne rencontrez-vous pas de plus en plus d’obstacles pour vous faire soigner ? Et encore davantage pour vous faire soigner correctement et être écoutés comme il se doit ?

J’ignore si cela changera quoi que ce soit, mais il va vraiment falloir s’atteler à écrire à l’ARS pour dénoncer ces soi-disant professionnels auxquels nous avons affaire. Ces difficultés nous sommes des milliers à devoir les endurer. Déjà pour trouver un médecin qui accepte de nous recevoir en consultation, même si nous sommes « nouveau patient », un médecin qui accepte d’être « traitant » et bien-sûr un médecin digne de ce nom qui soit bien-traitant ! C’est là que commence le parcours du combattant. Ou qu’il se termine. 

Car je serais curieuse de savoir combien de personnes sont décédées à la suite de négligence de la part de soignants comme j’ai pu en rencontrés. Encore hier. Et je n’aborde même le domaine abyssal de la psychiatrie…

Cet article aussi parce que si je venais à mourir dans les jours ou les semaines qui arrivent, je voudrais que l’on sache que j’ai fait tout ce qu’il fallait. Que c’est le système qui est défaillant malgré les accusations sans arrêt portées sur les gens qui galèrent déjà à longueur de journées. Troisième département français que j’écrème pour trouver un médecin généraliste. Après des dizaines de coups de téléphone, des rdv catastrophiques, des heures et des heures d’attente, y compris aux urgences, toujours aucune réponse. Spécifier l’autisme n’aide peut-être pas – et ce n’est absolument pas normal -, mais quelque chose me dit que beaucoup d’entre nous rencontrent ces mêmes problèmes sans autisme.

Depuis plusieurs mois je traîne des symptômes inquiétants, ces dernières semaines ils ont empiré : céphalées, engourdissement des bras, coeur qui bat irrégulièrement, respiration haletante et difficile etc… Je viens d’un département, l’Ariège, où c’est la croix et la bannière ne serait-ce que pour prendre un rdv. Finalement, étant « recommandée » par la Croix Rouge locale, je finis par avoir quelques rendez-vous avec celui qui est réputé pour être la bonne âme généraliste qui ne ferme pas sa porte aux marginaux du coin. Je comprendrai vite pourquoi, il expérimente son savoir psychologique superficiel et plein de préjugés sur les pauvres gens, ceux qu’il soupçonne d’emblée comme addict. En outre, lorsque nous sommes malades, nous les précaires, on dirait qu’on mérite toutes les douleurs qui nous tombent dessus en plus de tout le reste. Voire même que nous les aurions cherchées. La politique du soupçon a de beau jours devant elle. Et c’est partout pareil : CAF, CPAM, flics, hôpitaux…

Dans un cabinet médical, de fil en aiguille de questions intrusives déjà, mais surtout suspicieuses, on subodore qu’on aurait mal soit parce qu’on consomme de l’alcool à haute dose ou autres substances plus ou moins licites, soit qu’on imagine nos symptômes et qu’on invente de quoi attirer l’attention et se plaindre. Voire pour frauder et justifier les aides qu’on perçoit. A les écouter on passerait d’ailleurs une bonne part de notre temps et de notre énergie à imaginer des stratagèmes pour y parvenir ! Malheureusement pour leur théorie, je suis au regret de leur apprendre que nous avons déjà du mal à survivre, que lorsqu’on passe 20 heures sur 24 à avoir mal, à être en proie à des épreuves d’une violence hors norme, on a autre chose à faire que ça. Il suffit d’aller sur bon nombre de site internet pour constater que tout le monde soupçonne tout le monde de chercher à entuber le système et les braves gens qui travaillent. Je pense au contraire, qu’on ferait mieux de croire dès le départ ce que les patients racontent. Et ensuite faire ce qu’il est nécessaire pour approfondir, prescrire quelques examens complémentaires pour infirmer ou confirmer une hypothèse. Surtout avant de juger. Et de renvoyer le patient chez soi.

Idem dans le département de la Manche. Plus de généraliste disponible, SOS médecins débordé ne répond plus aux appels et se déplace encore moins, les urgences de l’hôpital pleines à craquer n’ont rien à faire des « jeunes apparemment en bonne santé » comme moi. J’attends 5 heures et repars bredouille avec un Doliprane pour calmer la douleur. Que je refuse car je crois qu’il y a du blé dans la capsule et que je suis coeliaque. Oui je sais que je cumule les complications, mais chaque personne est complexe à bien y regarder 😉

Hier donc, dans le département 77 cette fois, après trois heures dans la salle d’attente d’un généraliste expéditif mais qui a au moins le mérite de recevoir des personnes qu’il n’a pas l’habitude de suivre, je finis par entrer dans le cabinet de cet ancien urgentiste. J’y resterai moins de 10 minutes. Sur ces quelques minutes à peine, pas une fois il ne m’aura regardée, encore moins dans les yeux (quelque part en bonne autiste ça m’arrange, mais je trouve ça bizarre, quand on y pense, il ne serait même pas en mesure de reconnaitre les personnes qu’il a auscultées dans la journée). Il me demande pour quelle pathologie je suis à 100%, je lui réponds « Asperger ». J’ai bien vite senti que si je disais Trouble du Spectre Autistique, j’allais voir avec horreur qu’il ne savait pas de quoi je parlais… J’ai voulu ajouter ce n’est pas une pathologie psychiatrique mais je ne l’ai pas fait vu la froideur de ses réactions. Les 3/4 du temps passé sous sa houlette, il les aura passés sur son ordinateur. J’ai regardé ce qu’il faisait, il cherchait sur internet ce qu’était le Syndrome d’Asperger. J’ignore ce qu’il y a lu (appris ?!! ) en quelques secondes, mais apparemment son idée était faite. Il a pris ma tension en quittant la pièce, a écouté mon coeur deux petites fois à travers mon pull et deux t-shirts et c’était fait. La sanction était tombée, l’ordonnance sortait déjà de l’imprimante : ALPRAZOLAM. Il me dit de ne pas en prendre trop souvent, mais que ça devrait me détendre… Ce que je craignais se rejoue encore une fois ! Suis-je encore en plein cauchemar ? Quand va-t-on commencer à me prendre au sérieux ?! Et tout cela, sans jamais lever les yeux, même en me rendant la carte vitale qui venait de lui verser le prix de la consultation… A aucun moment il ne m’a expliqué que c’était du Xanax, un anxiolytique. J’ai insisté : l’angoisse n’explique pas mes symptômes. Vous n’avez pas écouté mes poumons, alors que je lui disais que ça sifflait à gauche et que je toussais le soir et la nuit. Il ne m’a jamais demandé quels étaient les antécédents de ma famille. C’est moi qui ai dû énumérer la liste de toutes les pathologies qui devaient l’alerter. Ma grand-mère vient de mourir d’une crise cardiaque, il y a du diabète sévère, du mauvais cholestérol etc… Je n’ai pas eu le temps de finir, la porte était déjà ouverte et il me poussait vers la sortie, en répétant « vous êtes jeune, il n’y a aucune raison pour que ce soit grave (cardiaque ou neurologique) ». Au revoir.

Je ne développerai même pas ce qui s’est passé avec ce radiologue auquel j’ai dû faire face pour une échographie du ventre et qui, après avoir très bien compris de quoi retournaient mes difficultés, par deux fois, a baissé ma culotte, si bas, que ce n’était pas pour ausculter. Je me suis dissociée et ai survécu. Comme chaque fois, la colère a mis beaucoup trop de temps à me sortir de la torpeur.

Mais que se passe-t-il ? Est-ce là le système de soin que les pays étrangers nous enviaitent encore il y a quelques années. A quoi bon être fiers de notre sécurité sociale si c’est pour mettre l’argent plein les poches de ce genre de charlatans ?!

Et leur toute puissance oblige, même si on ressent la rage d’être traité comme du bétail, on finit par douter… On se dit qu’ils ont, quelque part, certainement raison. Non d’avoir été maltraitants et imbus de leur personne, mais de sous-entendre que c’est psychologique. Ne me l’a-t-on pas répété toute ma vie ? Même quand je cherchais à témoigner des abus sexuels ?! Pourtant je SAIS quelle est la vérité. Mais personne ne veut entendre, encore moins écouter.

C’est là que le plus destructeur se produit : quand on intériorise la violence subie. L’injustice devient juste , on y trouve un sens en se racontant qu’on doit bien le mériter vu que ça n’arrête pas de nous tomber dessus encore et encore.

C’était donc inévitable, le restant de la journée, je l’ai passé dans les ténèbres, à envisager le pire. Et à penser à la seule solution de repli qu’il reste quand on est autant pris au piège… Dans ces moments-là je ne ressens que de l’impuissance et de la haine de moi-même. Et donc, en toute logique, l’après-midi s’est terminé par une crise autistique. Un effondrement qui, à chaque fois, laisse de plus en plus de séquelle. Allez prendre confiance en vous après ça ! Allez garder l’espoir qu’il y aura de meilleurs jours !!

Cependant, chaque matin, je me re-lève et continue d’avancer. Si je ne pouvais pas échanger avec vous, si je ne pensais pas à tous ceux qui traversent les mêmes épreuves, voilà longtemps que j’aurais abandonné.

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