La nature… « votre terrain de jeu »

Ha, quel bonheur d’aller marcher ! Ne serait-ce qu’une heure, en forêt, de pouvoir sentir le soleil qui traverse les débuts de l’hiver frémissant pour nous caresser la peau, d’humer les sous-bois et de s’imprégner des odeurs de l’humus automnal, de contempler les couleurs dorées des feuilles encore accrochées aux branches craquantes…

Malgré ce que cela signifie de sécheresse et d’inquiétude quant aux désordres climatiques et aux souffrances environnementales, tant de beauté ravit le corps et le coeur. Un peu de gratitude en ce dimanche matin fait toujours un peu de bien 🙂

Ha, quel bonheur d’aller… et Bam, un cycliste, deux, dix qui font trébucher sur les cailloux de bord de chemin. Et oui, c’est encore l’occasion d’un énième raid, de VTT cette fois. Quand ce n’est pas de la course à pied (marathon, trail etc…), c’est du vélo. Ils étaient si nombreux, si rapides ! Certainement pressés d’arriver et d’être les premiers, les gagnants. Aussi pour se mettre les pieds sous la table familiale du dimanche midi.

Mais qu’auront-ils vu et senti de cette grâce, de la fraicheur offerte par l’ombre des arbres et de l’humidité de la brume trainante ? Peut-être que l’air de la vitesse sur leur joues et la chaleur de leurs muscles, leur auront suffi à profiter de ces instants. Ils avaient l’air heureux et fiers pour certains (vive le shoot aux endorphines), fatigués pour la plupart. Est-ce qu’à un moment, comme il m’est arrivé de le faire il y a quelques années après avoir couru plus de 4 heures dans les Calanques de Marseille/Cassis (quand on est dans l’évitement on est prêt à tout pour ne pas ressentir), ils se sont demander : au fait, pourquoi je le fais ? Pourquoi aller vite, pourquoi pousser toujours plus, toujours plus loin ? Courir, pédaler après quoi, ou pour fuir quoi, qui ? Pourquoi devoir mordre la poussière et se blesser pour comprendre que c’est SOI que l’on fuit ? Pourtant, il n’y a rien à faire, aucun endroit au monde ne sera jamais assez loin, reculé, assez sombre, assez profond, assez élevé pour ne pas un jour devoir se faire face.

Depuis je préfère donc la marche poétique, la déambulation. Celle qui, méditative, me rappelle de respirer et de prendre le temps de m’émerveiller sur les petites choses qui nous entourent : une fleur sauvage, un oiseau, un nuage…

Mais prudence ! A plusieurs reprises, il faut marcher dans les orties des bas-côtés pour ne pas se faire écraser.

Alors, afin de mieux observer ce qui se passait autour de moi, pour rester vigilante d’une part, j’ai essayé de comprendre ce qui se cachait derrière la réalité sociale de ce genre d’activité. Plus de 95% des cyclistes étaient des hommes. Il y avait encore moins de Noirs ou d’Arabes que de femmes… Comme à la messe deux heures plus tôt d’ailleurs…! Est-ce le hasard de cet évènement en particulier ? Je ne crois pas. Quand je marchais le Camino en Bretagne, je me faisais tous les jours cette remarque : course, planche à voile, surf, la grande majorité des sportifs de nature sont des hommes. Les femmes n’aiment-elles pas le sport ? La nature ? Ont-elles moins les moyens de s’offrir tout le matériel nécessaire ? Ou plutôt de s’offrir le temps de se faire plaisir en pratiquant ce genre d’activité… Est-ce que faire du vélo, de la randonnée, être sur ou sous l’eau serait le privilège de quelques Blancs fortunés ? Ceux à qui s’adresse ce slogan, de plus en plus répandu, « faites de la nature votre terrain de jeu ». Quitte à l’abîmer, quitte à oublier de s’émouvoir devant sa beauté…

Beaucoup trop de choses deviennent divertissement. Comme s’il fallait que tout soit forcément ludique pour qu’on ait envie de dépenser de l’argent ; pour accéder au bonheur ?! Alors qu’au bout du compte on ne sait plus même plus s’amuser et prendre du plaisir, paisiblement. A force d’utiliser et d’user la nature, en nous y amusant, on oublie aussi de la respecter. En ne la polluant pas, en l’agressant pas, mais aussi en allant à son rythme. C’est à dire savoir pratiquer la lenteur, le silence, aller au ralenti, au même tempo que les battements de coeur d’une forêt, des vagues. S’y adapter, se mouler dans le creux de sa beauté, dans le sillon de sa respiration. Et être avec Elle, parmi Elle. Elle qui nous accueille quelques instants dans le mystère de sa création et de ses palpitations.

Mais revenons à nos moutons à vélo ! Quand le plus gros des pelotons fut enfin passé, je soufflais de soulagement et de satisfaction de pouvoir me retrouver à nouveau seule. Un pur moment de bonheur, je marchais tranquillement dans cet instant d’éternité suspendue aux rais de lumière qui traversait les feuilles. Mais un ‘tic tic tic’  envahit mes oreilles. Pour les marcheurs, il est de suite reconnaissable. Malheureusement, il est devenu fameux ce ‘tic tic tic’ rapide et agaçant ! Il est comme le tic tac d’un réveil qui vous empêche de dormir la nuit. Car désormais, il faut faire tic tic tic avec des bâtons. De toute façon que ce soit le vélo ou la marche, il faut du matériel. Plus c’est fluo, plus c’est high tech mieux c’est évidemment ! Marcher seul ne suffit pas, il faut se muscler, raffermir ses muscles, la peau qui vieillit ! Et pour cela, il faut marcher vite et avec des bâtons. Bâtons qui coûtent cher, soit-dit en passant, mais qui permettent un meilleur équilibre, de ne pas ressentir les fourmis dans les mains. Ce qui arrive quand on marche longtemps… Bien plus qu’une heure le dimanche matin. Personnellement, je trouve plus drôle de lever les bras en l’air et de faire parfois l’avion pour me dégourdir ! Comme une enfant. Mais qu’il est bon de se rappeler le goût de la liberté par les choses simples !

Bref, essayons juste de nous faire un peu plus de place sur les chemins ( de la place pour l’humain, pour un bonjour aussi). Qu’on soit lent comme un escargot ou rapide comme des bolides, chacun devrait pouvoir avoir l’espace de faire comme il le sent. Y compris à deux à l’heure même si tout le monde est pressé.

Résistons par la lenteur 🙂

Et n’oublions pas que nous ne sommes que des invités ! Et que ces plaisirs ne dureront que si l’on prend soin de la Nature, pas comme un terrain de jeu mais comme une hôtesse accueillante mais puissante qui nous rappelle que sans elle rien de nos vies ne serait possible….

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