Qu’a-t-on le devoir de faire ?

J’observe et je me demande. Agir par devoir – Se taire par peur ou par complicité – Ne pas oser regarder – Où se trouvent les limites ? Que pouvons nous faire ? Nous victimes, eux non-victimes (vraiment ?!), nous tous dans la même bataille, cette mêlée de ce qui fait de nous des humains, en vie et en marche. Cette lutte sans merci, parce qu’un jour on arrête de s’en foutre et de se dire qu’on n’y peut rien, que le mal est plus fort, que c’est à l’autre de se battre. Nous pouvons toujours y faire quelque chose, TOUJOURS. Même infime, même un pas minuscule peut signifier beaucoup.

Le principal est certainement d’essayer…d’au moins écouter et de nous parler.

Alors voici un texte écrit un jour de révolte, un jour où il faisait bon rêver à un rassemblement de tous, au nom de ce qui est juste :

« J’ai peur pour toi mon ami, mon frère. Prends garde à ne pas y mettre de l’orgueil, toi aussi, dans la lutte et les soucis. Je crains que tu te perdes et que tu ne prennes pas garde au goût que l’on peut prendre à la violence, même lorsqu’on la dénonce.

Je crains pour ton cœur, qu’il ne soit que trop pétri de la douleur et de l’habitude à recevoir les coups que tes yeux ne soient plus capables de déverser leurs nécessaires pleurs.

J’ai peur lorsque j’entends, « ça fait longtemps que ça dure, il/elle est habitué.e », ou « il/elle gère, de toute façon je ne vois pas ce que je peux faire… », j’ai peur et j’ai mal d’entendre cela. Pour toi, et pour tous les autres qui subissent, qui tentent tant bien que mal, en prenant parti ou pas, de rétablir une certaine forme de justice, la seule dont on soit capable. Elle est fragile, précaire, parfois intangible. Elle ne sera jamais à la hauteur de nos attentes, elle ne le sera encore moins lorsqu’on la rêve, idéale, comme la seule issue possible à la souffrance. Et pourtant il faut se battre pour elle !

Je pense à la violence et j’ai peur. Je pense à toute cette hargne qui habitent ceux qui nous entourent, ce monde dans lequel nous vivons et je crains pour les plus faibles, les plus fragiles, ceux qui ne peuvent pas serrer les poings et taper dans les murs pour décharger la souffrance qui les assaille et les submerge, à ceux qui ne peuvent pas la penser ou encore moins la verbaliser.

J’ai mal pour toi, pour moi et pour tous les autres. Pour ceux qui se taisent. Pour ceux qui sont paralysés mais qui pourtant se battent pour y arriver. J’ai mal à ceux qui ont perdu leur voix à force de crier et de pleurer. A ceux qui voudraient témoigner mais qui ne le peuvent plus, à ceux qui rêvent de le faire comme un dernier espoir mais qui n’ont pas le droit.

Mais j’ai surtout mal à ceux qui peuvent et qui ne font rien. »

Alors voilà ce que je lui ai dit :

« Toi, là, discret dans l’ombre des phrases banales, dans le repli des pensées toute faites je sais que tu te révoltes, je sais que tu n’acceptes pas. Ce n’est pas possible que les bras ballants tu restes là.

Toi qui écoutes et qui me lis, je t’en prie, réponds-moi que tu te bats toi aussi. Lève-toi et dis que tu fais ta part en restant présent, ami fidèle, révolté aux abois. Défends-toi et parle moins bas, je sais que tu demeures combattif même dans tes silences, que toi aussi contre l’injustice tu voudrais saisir ta chance et frapper des coups plus forts que ceux qui te causent du tort. Alors resserrons les rangs  ! Et regarde quels changements tu pourrais faire au fond de toi pour participer au combat.

Regarde-moi et ose me dire encore une fois, que tu n’y peux rien, et que l’inaction et les non-dits font de toi un homme de bien !

Brave plutôt tes propres peurs, prends courage et soutiens, porte et espère. Continue d’être cette force tranquille et positionne-toi. Radicalement, contre tout ce qui est violent et même contre tout ce qui te semble perdu d’avance. Tu as le devoir d’y croire, pour toi, pour les autres, pour tous ceux qui ne le peuvent plus, perdus, jetés aux rebus.

Tu as le devoir de te mettre debout, toi aussi, au-delà de toi, au-delà de la tristesse et de la peur qui nous gagnent.

Alors, marchons ensemble veux-tu, que le mal ne triomphe pas une fois de trop, une fois encore. Que nos âmes aient servi un plus vaste dessein, et nos cœurs accompagnés de notre amitié quelques destins.

Prends ma main, viens et partons à la rencontre des autres douleurs et des espoirs, et accomplissons notre devoir. »

 

Et vous qu’en dites-vous ?

2 commentaires sur “Qu’a-t-on le devoir de faire ?

  1. Voilà un texte qui secoue !
    On se sent l’âme solidaire et ragaillardie à la lecture de ces lignes qui donnent envie de se dresser contre les injustices.
    C’est vrai que bien souvent les phrases toutes faites et les défaitismes cachent une certaine lâcheté qu’il est difficile de regarder en face. Se dire qu’on y peut rien permet de soulager sa conscience et de supporter l’insupportable, surtout quand ça arrive aux autres.
    Mais je pense que, comme tu le dis, il est de notre devoir d’être le plus au clair possible là-dessus et de toujours essayer de faire un peu plus.
    Comme par exemple suivre un sentiment de révolte et le partager.
    Merci pour ce très beau texte Noor.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup de ton commentaire Hugues,
      Il est vrai que c’est toujours inconfortable de regarder ses faiblesses bien en face, de les accepter et encore plus de les braver pour les dépasser. Sur ce point, nous sommes tous égaux ! C’est pourquoi, de la même façon qu’il existe des tas de sites internet et de blogs où on peut se donner des conseils de bricolage ou de cuisine, j’ai eu cette idée d’un lieu d’expression où chacun pourrait faire partager ses tuyaux pour s’en sortir 😉
      Je crois aussi, qu’il est temps de comprendre que lorsque « cela arrive aux autres « , c’est aussi à nous-même que ça touche, car nous faisons partie du même monde, auquel chacun contribue, à sa façon. Mais pour ça il faut sortir du silence et du repli sur soi, de la peur en somme. Parler – même par écrit, même sur internet – est le meilleur moyen de commencer à agir, de faire sa part.
      Alors courage à toi aussi.
      Et merci encore pour ton commentaire (qui est le premier !!), et à très bientôt 🙂

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